Robert Charbonneau

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Discipline: littérature

Robert Charbonneau (1944) - http://tlmv.ca/addpsrc001Il est rassurant de constater que Robert Charbonneau n’est pas complètement tombé dans l’oubli. La preuve : le plus récent prêt, à la bibliothèque où je travaille, remonte à 2017 et c’était pour La France et nous : journal d’une querelle. Né en 1922 dans un milieu ouvrier et mort en 1967, il aura touché à tous les aspects de la carrière des lettres, et ce dans une vie relativement courte, 56 ans.

De l’homme, on retient qu’il était réservé, solitaire, tourmenté. Ne dit-il pas dans son Journal : « Je suis né angoissé ».  Profondément croyant, il avait soif d’absolu comme bien des jeunes issus des collèges classiques de son époque.

L’homme de lettres marque son époque, celle des années précédant la Seconde Guerre jusqu’à la Révolution tranquille. Avec Paul Beaulieu, il fonde la Relève en 1934, qui deviendra plus tard la Nouvelle Relève. Sa mission: « jouer un rôle social en rendant pour sa part dans le monde la primauté au spirituel ». Charbonneau rallie des confrères du collège Sainte-Marie, son alma mater, dont Hector de Saint-Denys Garneau, Jean Le Moyne et Robert Élie. Revue d’influence catholique, avec Maritain et Mounier comme modèles, on y traite de littérature, d’arts, de spiritualité, de politique et de société. L’engagement est davantage spirituel et ne prône aucune appartenance à un parti politique.

En 1940, la France est occupée et les livres français sont introuvables. On voit la création de maisons d’édition québécoises qui prennent la relève en éditant et diffusant les auteurs français. C’est dans ce contexte que Claude Hurtubise et lui fondent les Éditions de l’Arbre en 1941, une aventure qui se termine en même temps que la Nouvelle Relève, en 1948. La devise de la maison : « Des œuvres de la plus haute qualité, des livres dont l’intérêt dépasse l’actualité ». Nommé directeur littéraire, Charbonneau accorde une bonne place aux auteurs d’ici, des débutants pour la plupart, tout en publiant des auteurs français contemporains et classiques. C’est aux Éditions de l’Arbre qu’Anne Hébert est publiée pour la première fois avec Les songes en équilibre. On retrouve aussi les jeunes Roger Lemelin et Yves Thériault ainsi que Rex Desmarchais et Berthelot Brunet. La fin de l’Arbre est marquée par une polémique avec des écrivains français : Charbonneau affirme l’autonomie de la littérature canadienne-française face à celle de la France, la comparant à un arbre plutôt qu’une simple branche de l’arbre qu’est la littérature française.

Parallèlement, il doit gagner sa vie car la Relève est un travail bénévole. Journaliste, il commence à la Patrie, en 1936, en traduisant des dépêches. Il gravit les échelons pour devenir directeur de l’information à la Presse, treize ans plus tard. Ce milieu qu’il connaît bien, il en fera la toile de fond de son roman Aucune créature, publié en 1961.

Nommé directeur du Service des textes de Radio-Canada en 1955, il maintient son engagement au service d’une littérature canadienne-française libre et authentique. On lui doit d’avoir encouragé Roger Lemelin à transformer son roman les Plouffe en feuilleton radiophonique, avec le succès que l’on sait.

Fait rare à l’époque, Charbonneau a d’abord réfléchi à l’écriture romanesque avant d’écrire son premier roman. Ces essais, publiés dans la Relève, ont plus tard été regroupés sous le titre de Connaissance du personnage. Pionnier du roman psychologique, l’auteur s’efface devant le personnage, souvent tourmenté, qui s’exprime par un monologue intérieur. L’intrigue, réduite, laisse la place aux conflits moraux, doutes et questionnements. Il aime aussi mettre en scène le monde des lettres : on rencontre un écrivain en herbe dans Fontile et un autre avec une solide réputation dans Aucune créature. D’autres personnages discutent de littérature, publient dans des revues d’avant-garde des poèmes incompréhensibles (Fontile), font des constats comme « tu es absent de ton œuvre » (Aucune créature), trouvent refuge dans les livres (Aucun chemin n’est sûr…), fondent une revue semblable à la Relève (Chronique de l’âge amer). Reconnu de son vivant, ses romans sont primés par les prix David et Duvernay. Il reçoit la médaille Chauveau de la Société royale du Canada.

Il est de la fondation de l’Académie canadienne-française et il y assume des postes de direction. On fera appel à lui pour d’autres fonctions d’importance à la Société des éditeurs et à la Société des écrivains canadiens. C’est dire que son expérience et ses connaissances ont servi au développement de nos institutions culturelles naissantes.

Où trouver les œuvres de Robert Charbonneau aujourd’hui ? Deux titres en réédition sont encore disponibles sur le marché. Pour les autres, on se tourne vers les librairies d’occasion ou les bibliothèques. Et si la chance nous sourit, on met la main sur l’édition originale d’Ils posséderont la terre imprimée sur papier vergé « Byronic », publié en 1941 aux Éditions de l’Arbre. Pourquoi se priver d’un tel plaisir ? L’éditeur qu’était Robert Charbonneau, attentif à toutes les étapes de la fabrication de ses livres, aurait acquiescé. Et, qui sait, ses œuvres auront peut-être une nouvelle vie grâce au web : à compter du 1 janvier 2018, elles tombent dans le domaine public.

Sources

  • Ducrocq-Poirier, Madeleine. (1972).  Robert Charbonneau. Montréal : Fides.
  • Ducrocq-Poirier, Madeleine. (1971).  Robert Charbonneau. Liberté, 13(2).  136-141.
  • Groupe de recherche sur l’édition littéraire au Québec. (1991). Éditeurs transatlantiques. Sherbrooke : Ex Libris.
  • Thério, Adrien.  (1986).  En hommage à Robert Charbonneau / Les Écrits du Canada français, no 57.  Lettres québécoises, 43(automne), 40-41.

Référence

2 réflexions sur “Robert Charbonneau

    1. Bonjour Hélène. Merci de votre commentaire. Comme vous le remarquez, la renommée et l’oubli sont de proches parents. Justement, le Calendrier de l’Avent redonne une visibilité à ces personnages importants qui ont bâti notre histoire.

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