André Breton

ANDRÉ BRETON [par Charles-Édouard Martel-Marquis]

Discipline : littérature.

« Qui suis-je ? Si par exception je m’en rapportais à un adage : en effet pourquoi tout ne reviendrait-il pas à savoir qui je ‘ hante ‘ ? » (André Breton, Nadja, 1928).

André Breton naît le 19 février 1896 à Tinchebray, dans le département normand de l’Orne. Il passe les quatre premières années de sa vie à Saint-Brieuc, avant que sa famille ne s’installe, en 1900, à Pantin, près de Paris. Son enfance se déroule sans incidents, mais non sans ennui, en raison du rigorisme de sa mère. Même si Breton estime monotone la vie estudiantine, il s’enflamme au collège Chaptal d’un premier amour fou : un professeur l’initie à la poésie de Mallarmé et il plonge dans l’univers de Huysmans, de Baudelaire et des symbolistes. Sitôt, il couche sur le papier des poèmes qui éveillent sa vocation d’écrivain et qu’il publie grâce à Jean Royère, en 1914, dans La Phalange. À cette époque, il fait la connaissance de Paul Valéry. Breton poursuit ensuite avec Théodore Fraenkel, des études en médecine.

Alors que la France entre en guerre, le jeune poète, jeune adulte, se montre réfractaire au nationalisme émergeant. Incorporé, en avril 1915, dans un régiment d’artillerie à Pontivy, Jarry et Rimbaud lui servent de compagnons. Appelé peu après à Nantes dans le service de santé, Breton se lie d’amitié avec Jacques Vaché – « rencontre la plus décisive de sa vie » – et découvre l’humour comme arme de résistance, de « résistance absolue ». Pratiquant dans divers hôpitaux tout au long de la guerre, c’est à Saint-Dizier, au Centre de neurologie, qu’il cultive sa passion pour la théorie freudienne puis qu’il perçoit puissance créatrice de la folie. Quand l’armistice est signé, Breton compte parmi ses amis Apollinaire, Reverdy, Soupault et Aragon ; il trouve, dans l’œuvre de Lautréamont, une nouvelle source d’inspiration.

L’année 1919 marque un tournant : deux ans après le premier usage du terme « surréaliste » par Apollinaire, Breton publie Mont de piété, son premier recueil de poèmes, dans lequel il troque l’exploration des formes de la poésie contre des réflexions touchant sa nature et qui resteront omniprésentes dans le reste de son œuvre. Il écrit, avec Soupault, Les Champs magnétiques, le « premier ouvrage surréaliste (mais nullement dada) ». Puis paraît le premier numéro de Littérature, revue fondée et dirigée par les « trois mousquetaires » (suivant la manière dont Valéry – qui donna son nom à ladite revue – désignait Aragon, Breton et Soupault).

Au cours des années 20, Breton fait figure de chef de file du mouvement surréaliste qui, progressivement, prend forme ; la distinction entre celui-là et le dadaïsme ne s’impose qu’à partir de 1922. Dès lors, le futur « pape du surréalisme », désillusionné et percevant en Tristan Tzara ce qu’il aimait tant chez Vaché (décédé en 1919), se lasse du nihilisme des dadas. Le schisme s’ensuit et Breton repousse l’école de Zurich, mais aussi Picabia, Soupault, Aragon. Par ailleurs, son cercle s’agrandit avec de nouveaux complices : Crevel, Desnos, Éluard, Péret, Vitrac. À Littérature succède La Révolution surréaliste, tandis qu’il signe, en 1924, le Manifeste du surréalisme. Dans cette foulée, le principal théoricien du courant déconstruit la déclaration des droits de l’homme et élabore une définition de surréalisme conçu comme  un «automatisme psychique pur ».

En 1925, il s’oppose au nationalisme exacerbé, suscité par l’intervention française dans la guerre du Rif, et s’intéresse aux écrits de Trotski. Ainsi commence, entre Breton et le communisme, une longue histoire d’amour suivie d’un grandissant désamour qui atteint son nadir en 1935. Bien qu’il adhère à l’idéologie, il ne peut se rattacher officiellement à un quelconque groupe sans qu’une altercation n’éclate. La ferveur communiste n’est pas seule à animer Breton : il s’éprend de Léona Delcourt puis de Suzanne Muzard si bien qu’il divorce de Simone Breton (née Kahn), sa conjointe de huit ans, en 1929, une année après la parution de Nadja, chef-d’œuvre inspiré par et dédié à ces muses.

Au tournant de la décennie, le mouvement s’essouffle. La révolution surréaliste est sur le point de s’éteindre, puis paraît le Second Manifeste du surréalisme qui lui donne une seconde vie. Breton, maître de l’éristique, Un Cadavre aux yeux de certains, suscite polémique et controverse avant de créer, en 1930, Le Surréalisme au service de la révolution, revue entraînée par l’« évolution doctrinale » du courant.

Breton est sans le sou. Il demeure néanmoins actif sur les scènes politique et artistique. Prolifique, écrivant nombre d’essais et d’ouvrages, notamment Les Vases Communicants (1932), découlant de son intérêt pour Freud. En 1934, la chance lui sourit : quand il rencontre Jacqueline Lamba, c’est le coup de foudre immédiat et réciproque ; en août, ils s’épousent en présence d’Éluard, de Giacometti, de Man Ray. Pour elle, il rédige L’Amour fou (1937). Aube, leur fille, naît en 1935.

Avant la Seconde Guerre mondiale, Breton voyage à travers le monde et fait halte à Bruxelles, à Prague, aux Canaries et à Londres. Regagnant Paris à l’occasion de l’édition française de l’Exposition Internationale du Surréalisme de 1938, il quitte aussitôt pour le Mexique. Auprès de Diego Rivera et de Frida Kahlo, il s’associe à Léon Trotski ; Pour un art révolutionnaire indépendant représente le fruit de leur collaboration.

Dès 1939, Breton est mobilisé puis, en 1940, affecté aux services médicaux à l’école d’aviation de Poitiers. Dans la déroute de l’armée française, il se réfugie, d’abord, chez Pierre Mabille et, ensuite, au sein du Comité de secours américain aux intellectuels de Varian Fry. Voyant son œuvre censurée et son nom déshonoré par le Régime de Vichy, il plie bagage en 1941 et se réfugie en Martinique où il rencontre Aimé Césaire. Il rejoint ensuite le sol américain.

À New York, le père du surréalisme en exil démontre sa polyvalence : il écrit, lance une revue, monte une exposition avec Marcel Duchamp et joue le rôle de speaker pour les émissions françaises de l’Office of War Information. Peu après sa rupture avec Jacqueline, il rencontre Élisa Bindorff ; elle lui inspire Arcane 17, œuvre maîtresse qu’il entame en 1944, pendant un séjour à Gaspé, au Québec. Bindorff et Breton se marient aux États-Unis,

La guerre terminée, Breton rentre en France. Il continue de publier, d’organiser des évènements et de s’impliquer sur le plan politique. Il passe de vie à trépas, le 28 septembre 1966, atteint d’asthme.

Oeuvre

  • Poésie et récits
  • Mont de piété
  • Clair de terre,
  • Les Pas perdus
  • Poisson soluble
  • Nadja
  • L’Immaculée conception, en collaboration avec Paul Éluard
  • L’Union libre
  • Le Revolver à cheveux blancs
  • Les Vases communicants
  • L’Air de l’eau
  • Point du jour
  • Au lavoir noir
  • Le Château étoilé
  • L’Amour fou
  • Fata morgana
  • Pleine marge
  • Arcane 17
  • Young cherry trees secured against hares / Jeunes cerisiers garantis contre les lièvres
  • Signe ascendant
  • Martinique, charmeuse de serpents
  • La Lampe dans l’horloge
  • Au regard des divinités
  • Adieu ne plaise
  • Constellations
  • Le La
  • Essais
  • Manifeste du surréalisme, augmenté de la Lettre aux voyantes
  • Légitime défense
  • Le Surréalisme et la Peinture ; dernière édition revue et augmentée de 1965
  • Second manifeste du Surréalisme
  • Misère de la poésie
  • Qu’est-ce que le surréalisme ?
  • Position politique du surréalisme
  • Notes sur la poésie, en collaboration avec Paul Éluard
  • Trajectoire du rêve
  • Dictionnaire abrégé du surréalisme
  • Anthologie de l’humour noir ; édition augmentée 1950
  • Situation du surréalisme entre les deux guerres
  • Prolégomènes à un troisième manifeste du surréalisme ou non, précédé d’une réédition des deux Manifestes
  • Yves Tanguy
  • Ode à Charles Fourier
  • Flagrant délit
  • Entretiens avec André Parinaud, retranscriptions d’entretiens radiodiffusés
  • La Clé des champs, recueil d’essais publiés entre 1936 et 1952
  • Du surréalisme en ses œuvres vives

Bibliographie

Wikipédia

Crédit photographique : Domaine public

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