Pierre Mercure

Pierre Mercure
[par Marie D. Martel en collaboration avec Charles-Édouard M. Marquis et Jean-Pierre Marquis]

Discipline : Musique, télévision

Attention ! Cet article est un bien commun de la culture et la connaissance. L’écriture de celui-ci a servi à bonifier le contenu de l’article “Pierre Mercure” sur Wikipédia.

“La musique a toujours été actuelle, et il est important qu’elle le reste.”

                                                             Pierre Mercure, compositeur (21 février 1927 – 29 janvier, 1966)

Pierre Mercure est un compositeur québécois et une figure de proue de la musique actuelle. Il est aussi connu comme un des premiers grands réalisateurs québécois. Né à Montréal le 21 février 1927, il meurt d’un accident de la route près d’Avallon en France, un soir de janvier en 1966. Il a 38 ans.

Benjamin d’une famille de trois enfants, son père, Louis Mercure, est comédien et avocat, et sa mère, Élizabeth Dupré, est musicienne. Encouragé par sa mère et sa tante, il découvre le monde des sons dès son plus jeune âge. Il apprend la musique à l’École supérieure de musique d’Outremont qui deviendra l’École de musique Vincent-d’Indy. Il fait aussi ses études classiques au Collège Jean-de-Brébeuf.

Après avoir exploré le piano, l’orgue, le violoncelle, il choisit le basson comme instrument principal et devient premier bassoniste à l’Orchestre symphonique de Montréal. Formé au Conservatoire de musique de Montréal (CMM), de 1944 à 1949, sous les auspices de Marvin Duchow et Claude Champagne, il aspire à une carrière de chef d’orchestre. Il poursuivra ses études à Paris, avec Arthur Hoérée et Jean Fournet.

Claude Champagne l’initie à l’univers de la musique française et le forme à l’art de l’orchestration. Ses premières œuvres. Kaléidoscope (1947-1948, rev. 1949), un chef d’œuvre de la musique canadienne, et Pantomime (1948, rev.1949) traduisent cette influence.

Créée alors qu’il est encore inscrit au Conservatoire et interprétée par l’Orchestre symphonique de Montréal, Kaléidoscope est une oeuvre de jeunesse expressive et ambitieuse dans un registre conventionnel. Si l’on écoute Lignes et points (1964), une commande de l’Orchestre symphonique de Montréal, on peut mesurer l’évolution de son parcours créatif vers la déconstruction de la forme.

En 1951, il rencontre Luigi Dallapiccola à Tanglewood, aux États-Unis, et fréquente la musique sérielle. Exposé aux principes et aux contraintes formels du dodécaphonisme, il préfère leur tourner le dos pour privilégier l’impulsion et la liberté du geste créateur.

Inspirés par Ravel et Honegger, il compose Cantate pour une joie, en 1955, sur sept poèmes de Gabriel Charpentier – qui est l’un de ses amis. Cette oeuvre pour soprano, chœur et orchestre constitue sa première création majeure. Intégrant des oeuvres plus anciennes, Ils ont détruit la ville et les trois mélodies de Dissidence, Cantate pour une joie célèbre les temps modernes avec fougue et lyrisme. La scène musicale québécoise renoue régulièrement avec cette fantaisie symphonique depuis sa toute première interprétation, le 1er février 1956 à l’auditorium Le Plateau de Montréal au coeur du parc Lafontaine.

À la suite d’un stage d’études en Europe, en 1957- 58, pendant lequel il côtoie Pierre Schaëffer et le Groupe de recherches musicales de la RTF, Mercure aborde la musique électroacoustique. De 1959 à 62, il compose ses oeuvres à l’aide de sons concrets qu’il transfigure avec des appareils électroniques,  une démarche qui répond à son ardent besoin d’expérimenter, de se renouveler sans cesse et de promouvoir l’actualité musicale avec sincérité.

Pierre Mercure est aussi le principal organisateur de la première Semaine internationale de musique actuelle qui présente, à Montréal, des œuvres de plusieurs compositeurs qui sont des figures de premier plan dans le monde de la musique actuelle (John Cage, Christian Wolff, Mauricio Kagel, Toshi Ichiyanagi,  Iannis Xenakis). Ces concerts sont présentés à la Comédie canadienne en août 1961.

Ces rencontres seront déterminantes pour les œuvres qui suivront et qui incarnent sa maturité. Mercure pratique désormais un langage original fondé sur des référents musicaux traditionnels qu’il réinvente (Lignes et points) ou qu’il structure à l’aide de règles inédites (Psaume pour abri, Tétrachromie) :

« Fort de ses expériences nouvelles, Mercure écrit Psaume pour abri (1963),Tétrachromie (1963), et Lignes et points (1964). Bien que l’on retrouve partitions et instruments traditionnels, la transformation syntaxique de la langue musicale est évidente : les trois œuvres sont écrites sur une série de douze sons regroupés par cellules de trois, quatre ou cinq sons; les formes sont uniques; l’espace s’est multiplié et le silence fait partie intégrale du temps musical. Cependant Mercure s’attache encore à l’organisation des moindres détails d’une oeuvre » (Lyse Richer, « Pierre Mercure », Compositeurs au Québec no 9, Centre de musique canadienne, p.12.)

Cette première Semaine internationale de musique actuelle représente aussi un moment charnière pour l’évolution musicale du Québec et son accès à la modernité.

Fasciné par les techniques émergentes et les compositeurs qu’il a rencontrés, Mercure élabore H2O per Severino à travers le champ nouveau, et plus conceptuel, de la musique aléatoire. Cette œuvre peut être jouée par un groupe de quatre à dix instruments mais elle fut créée par un seul flûtiste, Robert Langevin, jouant quatre flûtes au Festival d’été de Québec au début des années 1980. Celui qui se décrivait comme un “inventeur de sons” invente désormais des procédés qui permettent à l’interprète de choisir l’ordre dans lequel les éléments sont présentés. Il souhaite suggérer une nouvelle version de l’oeuvre à chacune de ses représentations.

La liberté de l’impulsion est au coeur de son processus créatif. Il convient de le citer à ce sujet:

Affirmer ma vibration personnelle en termes sonores : voilà comment je définis ma recherche. Je n’attends pas, pour écrire, une inspiration intérieure personnelle et égoïste. Je veux une oeuvre dynamique et ascendante. Quelque chose de positif, quelque chose qui s’affirme. Cela n’a rien d’intellectuel. C’est au contraire vibrant, sensible, lyrique. Il s’agit pour moi d’automatisme en musique. (Cité par Johanne Rivest, 1998, p. 63)

“Automatisme en musique”, l’expression renvoie directement au manifeste du Refus global. Certes, Pierre Mercure ne fait pas partie des signataires du manifeste mais son oeuvre est, de part en part, signée par ce projet.  Il collabore avec plusieurs des automatistes : Jean-Paul Riopelle, Jean-Paul Mousseau, Françoise Sullivan et, surtout, avec Françoise Riopelle qui deviendra sa compagne. Il adhère au rejet des valeurs conservatrices et son inspiration musicale se nourrit  de cette liberté si chère aux automatistes.

Peintres, écrivains, chorégraphes, sculpteurs du Refus global, participent à la création d’oeuvres qui décloisonnent les catégories artistiques avec la conviction qu’aucune forme d’art n’en domine une autre. Pierre Mercure souscrit pleinement à cette intention transdisciplinaire : musiques pour ballets, univers sonores, récitals accompagnés d’éclairages ou de sculptures en direct, ces dialogues ouverts entre les arts lui permettront de comprendre un autre médium intégrateur comme peu sauront le faire : la télévision.

Mercure devient un réalisateur d’émissions musicales télévisées qui fera sa marque au service de la Société Radio-Canada. Réputé pour son audace et la qualité de son travail, on lui doit, à partir de 1954 un nombre considérable d’émissions musicales : « L’Heure du concert », « Concerts pour la jeunesse », «Jazz Workshop », « Music-Hall », « Pays et merveilles », etc.

On ne peut manquer de souligner, en guise de conclusion, que le projet artistique de Pierre Mercure est viscéralement dédié au rayonnement de la culture et, dans un même élan, au droit à la liberté d’expression contre les censures et les interdits.

Note : Nous remercions Lyse Richer, spécialiste de l’oeuvre de Pierre Mercure, pour avoir généreusement répondu à nos questions.

Domaine public

Les partitions et les textes écrits sont les oeuvres de Pierre Mercure qui viendront enrichir le domaine public.

 

Oeuvres

Compositions

  • Orchestre

Kaléidoscope (1948, rév. 1949)

Ils ont détruit la ville (1950)

Cantate pour une joie (1955)

Divertissement (1957 rév. 1958)

Triptyque (1959)

Lignes et points (1964)

  • Musique de chambre

Pantomime (1948, rév. 1949)

Colloque (sur des paroles de Paul Valéry, 1948)

Dissidence (1957, rév. 1958)

H2O per Severino (1965) – musique aléatoire

  • Musique électroacoustique

Jeu de hockey (1961)

Répercussions (1961)

Structures métalliques III (1962)

Psaume pour abri (1963) – avec instruments

  • Danse moderne

Dualité (1948)

La Femme archaïque (1949)

Lucrèce Borgia (1949)

Emprise (1950)

Improvisation (1961)

Incandescence (1961)

Structures métalliques I et II (1961)

Tétrachromie (1963) avec bande magnétique

Manipulations (1964)

Surimpressions (1964)

Films

La Forme des choses (1965)

Élément 3 (1965)

BAnQ Vieux-Montréal conserve les fonds d’archives de Pierre Mercure (MSS60) et de Gabriel Charpentier (P873)

 

Sources

Anthologie de musique canadienne : Pierre Mercure, 4 disques compact, no ACM 35, Collection d’œuvres par Pierre Mercure. Inclut un documentaire audio en français. https://www.musiccentre.ca/node/14151

Caron, Claudine, « La musique de Pierre Mercure à l’affiche des spectacles de danse », Circuit : musiques contemporaines, vol. 21, no 3, 2011, p. 9-21. https://www.erudit.org/revue/circuit/2011/v21/n3/1006357ar.pdf

« les Dupré, générations 7 à 10 », sur www.claude.dupras.com (consulté le 29 novembre 2016)http://www.claude.dupras.com/new_page_275.htm

Huss, Christophe, « Pierre Mercure, 50 ans après », Le Devoir, 28 janvier 2016. http://www.ledevoir.com/culture/musique/461381/musique-classique-pierre-mercure-50-ans-apres  (Consulté le 29 novembre 2016)

Léger, Marthe, « Cantate pour une joie de Pierre Mercure », Instantanés, BAnQ http://blogues.banq.qc.ca/instantanes/2016/02/03/cantate-pour-une-joie-de-pierre-mercure-et-gabriel-charpentier/ (Consulté le 29 novembre 2016)

Richer, Lyse, « Mercure, Pierre », L’Encyclopédie de la musique au Canada, Montréal : Éditions Fides, 1983, 1142 p. ; 2eéd. rev. et augm. : 1993, 3 volumes (3810 p.) ; Éd. en ligne : Toronto, Historica Foundation of Canada, 2001. http://www.thecanadianencyclopedia.ca/en/article/pierre-mercure-emc/ (Consulté le 29 novembre 2016)

Richer, Lyse, « Pierre Mercure », Compositeurs au Québec, fascicule no 9, Centre de musique canadienne.

Rivest, Johanne, « La représentation des avant-gardes à la semaine internationale de musique actuelle (Montréal, 1961) », Canadian University Music Review / Revue de musique des universités canadiennes, vol. 19, no 1, 1998, p. 50-68.  https://www.erudit.org/revue/cumr/1998/v19/n1/1014605ar.pdf

SDEC (SOCAN), « Pierre Mercure : Biographie », Vitrine des compositeurs, Centre de musique canadienne.  https://www.centremusique.ca/fr/node/37287/biography (Consulté le 29 novembre 2016)

Wikipédia

Illustration : Par François Charbonnier [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)]

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